L’entreprise, la place de marché de demain ?

Par le 28 janvier 2019

Tribune rédigée pour News Assurances Pro 

 

Face au tsunami du travail freelance et de l’auto-entreprise et alors que des études soulignent la défiance croissante des jeunes générations vis-à-vis de l’entreprise, force est de constater que cette dernière, quelle que soit sa taille – grand groupe, ETI, PME ou TPE – joue un rôle de plus en plus important dans la société et la vie des personnes : collaborateurs, clients ou prospects, partenaires…

L’entreprise ne serait-elle pas une nouvelle place de marché, de la conciergerie à la protection sociale, de la gestion des risques au bien-être des collaborateurs ? Ne concentrerait-elle pas les enjeux économiques et sociétaux, les échanges, le business ? Alors que les pouvoirs publics vont lui faire prélever l’impôt sur le revenu, elle se positionne résolument comme un véritable tiers de confiance pour ses différentes parties prenantes. Dans un écosystème ouvert qui l’amène à travailler en mode collaboratif avec d’autres entreprises, des start-ups, des associations, elle devient une scène incontournable, ce qui modifie et amplifie les risques auxquels l’entreprise s’expose, et attribue aux assureurs un rôle d’accompagnement grandissant.

Certes, ils sont nombreux à vouloir devenir auto-entrepreneurs ou free-lances pour bénéficier d’une liberté accrue par rapport aux salariés – les chiffres parlent d’eux-mêmes. Je constate pour autant qu’ils ont les mêmes besoins d’accompagnement, de couverture et de services que les salariés, ce qui les amène à se diriger vers des plateformes comme Wemind ou auto-entrepreneurs.fr qui recréent d’une certaine façon un univers d’entreprise, en proposant des avantages similaires.

Vers une collectivisation accélérée de la protection sociale des salariés

Dans un contexte de désengagement croissant de la Sécurité sociale, l’entreprise au sens large continue d’être l’artisan principal de la couverture santé des salariés. L’entrée en vigueur, en 2016, de l’Accord National Interprofessionnel n’a finalement constitué que les prémices d’une tendance plus globale. Le rôle de l’entreprise va bien au-delà dans la protection sociale des collaborateurs, en proposant des plans de prévoyance professionnelle collective qui permettent de couvrir les accidents de la vie des salariés. 83% des petites entreprises et 97% des entreprises de 50 à 499 salariés ont déjà souscrit un contrat de prévoyance collective pour leurs collaborateurs non-cadres[1]. Enfin, il convient de ne pas oublier la préparation à la retraite : la fusion des caisses AGIRC et ARRCO, et la suppression, au 1er janvier 2019, de la garantie minimale de points associée, devrait amener davantage d’entreprises à mettre en place des contrats « article 83 » ou tout autre système d’abondement pour compenser l’effet de cette suppression et contribuer à permettre à leurs salariés de bénéficier d’une meilleure retraite.

Le rôle de l’employeur vis-à-vis de ses salariés ne s’arrête d’ailleurs pas à la simple protection sociale, car je suis convaincu que l’entreprise sera sociale ou ne sera pas. Ce qui milite en faveur d’un rôle élargi dans le soutien et l’écoute qu’elle peut apporter en cas de coup dur dans la vie du salarié (divorce, endettement…) et dans la prévention et le bien-être des collaborateurs, dans un contexte où 24% des Français affirment être en hyperstress au travail[2].

Une protection des activités à la mesure des risques d’aujourd’hui et de demain

En dialoguant en continu avec nos clients entreprises, nous constatons que leurs préoccupations évoluent : dans un environnement globalisé, digitalisé, chahuté, ils s’interrogent de plus en plus sur les risques financiers, cyber, environnementaux, politiques… Des risques nouveaux, dont la gestion constitue un enjeu majeur de résilience et de compétitivité, et qui ne sont pas encore tous (bien) couverts, les assureurs étant parfois peu à l’aise dans leur bonne définition. A ce sujet, les manifestations qui ont par exemple émaillé la France ces dernières semaines ont fait émerger la problématique des dommages immatériels : comment qualifier, mesurer et accompagner au mieux les entreprises face à leur perte de chiffre d’affaires liée à une baisse de leur activité – estimée récemment entre 400 millions et un milliard d’euros ? Les assureurs doivent se saisir de cette problématique et apporter les solutions adaptées, avec une approche nécessairement sur-mesure. Un bon diagnostic et une solution bien évaluée au départ facilitent ensuite le process de déclaration et de dédommagement. Parce que lorsque le risque survient, c’est parfois la survie de l’entreprise qui dépend de la pertinence de la solution d’assurance.

Le dirigeant d’entreprise, un salarié pas comme les autres

Les enjeux de développement et de croissance, l’exposition à des risques multiples et nouveaux, le durcissement de l’environnement légal et règlementaire (loi Sapin II) mettent les dirigeants d’entreprise, de la TPE au grand groupe, sous tension. Surinvestis, parfois isolés, ils voient leur santé potentiellement impactée, tandis que les opportunités de mise en cause de leur responsabilité deviennent plus fréquentes. S’il y a cessation de l’activité, quid des équipes ? Là encore, les acteurs de l’assurance, qu’ils soient assureurs ou courtiers, ont un rôle important à jouer dans l’accompagnement de ces salariés pas comme les autres.

On le voit bien, l’entreprise cristallisera toujours plus, demain, les grands enjeux économiques, sociaux, sociétaux du monde dans lequel nous évoluons tous. En tant qu’acteur majeur de l’assurance, APRIL sera résolument à ses côtés.

Emmanuel Morandini,

 

 

[1] Etude du Comité d’observation stratégique d’Adéis en partenariat avec la société CSA, 2018.

[2] Etude menée par l’agence Stimulus, Novembre 2017.