E-santé et santé connectée : effet de période ou vrais bénéfices pour les assurés ?

Par le 18 juin 2018

Investissements records de certains assureurs dans la R&D, partenariats publics privés, études en tous genres… Pas une semaine sans un article vantant les mérites de la e-santé comme solution incontournable pour l’assurance santé… voire la santé de demain. Et de nous convaincre que la santé connectée, c’est l’avenir, pour nous tous : patients, professionnels de santé, professionnels de l’assurance. Vraiment ?

Alors que Nokia revend sa start-up Withings spécialiste de l’e-santé seulement deux ans après son rachat, et à l’heure de scandales retentissants sur le mauvais usage de données personnelles tels que Cambridge Analytica, on peut a minima s’interroger sur la place que l’on veut consacrer à la santé connectée dans notre modèle assurantiel de demain.

D’abord, qu’entend-on par e-santé? Il s’agit la plupart du temps d’utiliser des objets connectés (montres, bracelets sportifs, smartphone…) pour collecter des données liées au comportement ou à la santé de nos assurés. Collecter ces données est sans nul doute de plus en plus facile d’un point de vue technologique… mais pour en faire quoi ?

Les consommateurs français se montrent de plus en plus ouverts à l’utilisation de leurs données à des fins de prévention par exemple ou pour faciliter l’accès aux soins, mais dans ces cas, ils parlent majoritairement des professionnels de santé… de là à fournir ces données à un assureur, le pas est encore à franchir… en tous cas en France.

D’ailleurs, pour les assureurs la question de la gestion des données est complexe et va le devenir de plus en plus avec l’introduction de nouvelles règlementations toujours plus contraignantes (cf. podcast consacré aux enjeux du RGPD par notre Data Protection Officer, Alexandra Yonc). Et c’est encore sans compter sur la méfiance grandissante de nos assurés qui s’interrogent à juste titre sur l’usage qui est fait de leurs données et seront de plus en plus exigeants sur les bénéfices réels qu’ils peuvent tirer du partage de leurs informations personnelles avec des tiers. Ils sont de fait une majorité (60%) à percevoir les nouvelles technologies comme une menace pour la vie privée.

Enfin, parce qu’on ne pourra pas l’imposer : ce sont les patients/assurés qui choisiront s’ils font confiance à ces technologies et aux acteurs qui leurs proposent. Ils sont d’ailleurs unanimes (90%) à vouloir les confier à un médecin mais autour de 30% seulement à vouloir les confier à un assureur.

Tous connectés demain pour gérer sa santé ? Rien n’est moins sûr !

Les consommateurs restent en fait pragmatiques : face à la progression des déserts médicaux, notamment en zones rurales, la santé connectée peut apporter de réels bénéfices. Concernant la consultation médicale 100% digitalisée/à distance, ils plébiscitent en majorité la possibilité de la réaliser dans une structure de santé (66%… pharmacie par exemple), 45% via un outil de conversation vidéo type Skype ou FaceTime, 39% via application mobile et sont même un tiers prêts à aller sur des plateformes web marchandes type Amazon pour accéder à téléconsultation !

La médecine à distance semble donc à court terme plus prometteuse parce qu’elle répond à un vrai besoin, et reste plus en phase avec les usages des Français.  Pour le reste, il faut bien entendu rester à l’écoute mais ne pas céder aux fantasmes du « tout techno » et aussi rappeler que 52% des Français n’ont aucun objet connecté… pour le moment !

Pour nous, professionnels de l’assurance, le juste équilibre reste donc à trouver afin d’anticiper les nouveaux usages en restant toujours dans le respect des attentes de nos consommateurs !

Sources :

  • Les Français et la prévention augmentée – étude Mazars réalisée en partenariat avec OpinionWay -Mars 2018
  • Baromètre des objets connectés – Sondage OpinionWay pour Distreeconnect – mars 2017

Auteur

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Laurence Willems - Directrice de l’Innovation et du marketing stratégique du groupe APRIL

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